| Le
projet Salipae 
SALIPAE : Soutien Administratif, Logistique et
Informatique aux Promoteurs de l'Accueil de l'Enfant
Communautés de pratique et gestion
de savoirs
Préambule
Qu'est-ce que la connaissance ?
Les deux faces de la connaissance
Qu'est-ce qu'une communauté de pratique
?
Sept principes pour "cultiver des communautés"
Préambule
Pour les entreprises d'aujourd'hui les professionnels,
les travailleurs intellectuels et les techniciens sont une ressource
précieuse qui doit être "mise à jour"
régulièrement. Mais cette
mise à niveau ne peut être confiée simplement
à des formateurs externes puisque, chacun dans leur domaine,
les grandes entreprises et institutions sont non seulement producteurs
de biens et services mais aussi des connaissances qui sont mises
en oeuvre dans leurs processus - ces connaissances étant
définies en contextes de pratiques, historiques, avec des
dimensions tacites liées aux outils, aux milieux, aux clientèles...
Aussi l'orientation et quelquefois le contenu même de cette
formation continue ne peuvent-ils reposer que sur les producteurs
et praticiens eux-mêmes (avec l'aide, éventuellement,
de ressources externes...), pris collectivement
en tant que dépositaires des savoirs les plus avancés
mis en oeuvre dans leur secteur. Ce que Wenger appelle des
communautés de pratique.
À l'occasion d'une réflexion sur les
orientations concernant le développement des outils de communication
et de gestion de connaissances (site web, listes de discussion,
forum...) mis en oeuvre par le RQIIAC, un retour sur les concepts
généraux de Gestion de savoirs (Knowledge Management
- KM) et Gestion d'information - IM apparaissait approprié.
Plutôt que de chercher la solution technologique
miracle, qui saurait vaincre les résistances et technophobies
tout en répondant à tous les besoins, il est apparu
rapidement (enfin, c'est discutable) que le concept de communauté
de pratique (CP), associé de plus en plus fermement aux travaux
et recherches en gestion de savoirs, recouvrait des aspects essentiels
et structurants de la démarche réalisée par
le Regroupement depuis 15 ans.
Ce concept de communauté de pratique remet en
cause la domination technologique sur les efforts de gestion de
savoirs qui a conduit à des accumulations malheureuses de
bases de données et de 'connaissances' inutilisées
et dépassées... Un concept qui
fait de la connaissance quelque chose de vivant plutôt que
le réduire à la mémoire d'un ordinateur, quelque
chose appartenant à des communautés aptes à
maintenir, développer, partager ces connaissances.

Qu'est-ce que
la connaissance ?
Pourquoi les CP sont-elles devenues si importantes
? Avec l'avènement de la «société de
l'information» les entreprises ont tenté de mettre
en boîte et réduire à de l'information les savoirs
qui étaient à la source de leurs richesses. Cela conduisit
à la multiplication de bases de connaissance dont la plus
grande partie sont aujourd'hui inutilisables. Les entreprises ont
commencé de reconnaître que le savoir, la
connaissance c'était quelque chose de vivant.
Que la partie explicite, codifiable et inscriptible dans une base
de donnée ou un livre n'est qu'une partie seulement du savoir
utilisé : le savoir tacite, dont parlait Polanyi déjà
en 1967, semble aussi important que l'autre forme plus visible et
reconnue. Nonaka (1991) parle de savoirs explicite et tacite, d'autres
de savoirs dur (hard) et mou (soft). La compréhension et
la gestion des savoirs non codifiables amènent Lave et Wenger
(1991) à définir les communautés de pratiques
dans une approche mettant l'accent sur la nature relationelle et
sociale de la connaissance. La dualité de la nature de la
connaissance est décrite comme un double processus de participation
et de réification, voir graphique suivant (Wenger, 1998).
Voir la synthèse récente, "The duality of knowledge"
de Hildreth et Kimble.

Les deux faces de
la connaissance
Cette conception de la connaissance amène
Wenger et al. (2002) à faire la promotio des CP comme stratégie
de développement et de gestion du "capital savoir",
un capital qui n'est pas comme les autres. "Managers need to
learn to engage with groups they don't fully control.", disait
Wenger dans Knowledge Management Takes Community Spirit, revue CIO,
le 15 mai 2002. (Si vous n'aviez que trois pages à lire de
Wenger, prenez celles-ci).
Qu'est-ce qu'une communauté
de pratique ?
Les communautés de pratique - CP (Wenger,
McDermott et Snyder, 2002) peuvent exister sous plusieurs formes
: internes à une entreprise ou communes à tout un
secteur industriel; localisées dans un établissement,
un département ou étendues sur un large territoire
et de multiples succursales; certaines sont homogènes et
ne regroupent que des gens ayant même formation professionnelles
alors que d'autres peuvent rassembler tous les gens concernés
par un gros client ou travaillant sur un même territoire;
les CP peuvent être invisibles ou institutionnalisées...
Les communautés de pratique se définissent
sous trois dimensions : les frontières
de leur domaine d'application, leur existence sociale en tant que
communauté et les outils, le langage, les histoires et documents
que les membres de cette communauté partagent et s'échangent.
« Une communauté de pratique ce
n'est pas qu'un site web, une base de donnée et un répertoire
de 'best practices'. C'est un groupe
qui interagit, apprend ensemble, construit des relations et à
travers cela développe un sentiment d'appartenance et de
mutuel engagement.» ma traduction
(Cultivating Communities of Practice - CCP, Wenger et al, p. 34)
On ne met pas sur pied une communauté de pratique
comme on peut le faire pour une équipe de travail ou de projet,
en réunissant des ressources humaines, des outils et en leur
fixant des objectifs : on ne peut qu'encourager, favoriser le développement
de processus et d'échanges entre des acteurs volontaires.
Wenger le répète - on peut tuer le bébé
en le supervisant de trop près, en exigeant des retombées
trop immédiates ou en orientant le développement de
cette structure vers des cibles trop étroites ou préétablies.
Naturellement les CP ne sont pas laissées totalement libres
et sans contraintes et certaines seront soutenues plus que d'autres,
notamment lorsqu'elles gèrent des savoirs qui apparaissent
plus stratégiques aux décideurs ayant les moyens de
les soutenir.
Mais on soutient une CP, on ne
la dirige pas ! Même dans les entreprises qui investissent
beaucoup dans les CP, ce sont des facilitateurs qui coordonnent
les communautés : avant que d'être des experts du domaine,
ils agissent en tissant des liens entre les membres de la communauté,
des liens qui se réaliseront tout autant de manière
privée, en rencontres face à face ou au téléphone
que par des événements et activités publiques
de la communauté. Ainsi le développement de la communauté
ne repose pas seulement sur l'addition de moments dans un programme
public d'activités mais aussi sur la vitalité de ces
liens réticulaires entre membres et sous groupes. On pourrait
y voir le reflet, dans les activités de la communauté,
de la double nature de la connaissance, tacite et explicite, non
? Autrement dit, il ne suffit pas de mettre en place un site web,
une base de donnée et un journal, ou un colloque biennal...
il faut soutenir des échanges plus fins, développer
une connaissance des expertises, projets besoins des membres de
la communauté.

Sept principes pour "cultiver
des communautés" (selon Wenger et al. p. 51 ss)
1. Accompagner la croissance
d'une manière organique plutôt que de concevoir
un plan détaillé et l'implanter. Les réseaux
sociaux personnels et d'affinité dessineront les opportunités
premières de développement de la communauté.
2. Ouvrir un dialogue entre l'intérieur
et l'extérieur de la communauté pour éviter
que celle-ci se referme sur ces mêmes réseaux sociaux.
Tirer parti de l'expérience d'autres CP, se laisser questionner
et entrer en dialogue avec les acteurs stratégiques liés
au domaine de la CP ou à l'entreprise dans son ensemble.
3. Favoriser différents
niveaux de participation : tous les membres de la communauté
n'ont pas le même niveau d'engagement et celui-ci peut évoluer
dans le temps ou selon les sujets abordés. L'existence de
participants plutôt passifs ou périphériques
serait découragée dans les structures traditionnelles
d'équipe alors que cette "couche périphérique"
est un élément constitutif de cette structure floue
qu'est une CP. Plutôt que de forcer la participation les communautés
vivantes vont "construire des bancs" pour ceux qui restent
à la périphérie - favorisant les interactions
semi-privées et le maintien / renforcement des contacts entre
le centre et cette participation périphérique. Une
participation qui est loin d'être passive même si elle
ne donne pas lieu à des expressions publiques ou explicites.
- la participation
4. Développer à la fois des espaces
publics et privés au sein de la communauté.
« As we've emphasized before, communities
are much more than their calendar of events. The heart of a community
is the web of relationships among community members, and much of
the day-to-day occurs in one-an-one exchanges. Thus, a common mistake
in community design is to focus too much on public events. A community
coordinator needs to "work" the private space between
meetings, dropping in on community members to discuss their current
technical problems and linking them with helpful resources, inside
or outside the community. These informal, "back channel"
discussions actually help orchestrate the public space and are key
to successful meetings.» CCP, p. 58
5. "Focus on value".
Viser la valeur ? Les communautés de pratique se développent
parce qu'elles sont sources d'enrichissement pour l'organisation,
pour les équipes où travaillent les membres de la
communauté et pour les membres eux-mêmes. Mais cette
source de valeur n'est pas toujours apparente au début d'une
CP ou elle évoluera au cours du développement de la
communauté : au début les membres valoriseront de
se concentrer sur les problèmes techniques rencontrés
au quotidien alors qu'avec la croissance, la communauté pourra
valoriser de construire un ensemble systématique de savoirs
facilement accessibles et de qualité. En cherchant à
se centrer sur la production de valeurs la communauté favorise
l'expression par les membres de ce qu'ils retirent de leur participation
à la CP. Un élément de suivi qui sera utile
au moment d'obtenir du support de la part de l'entreprise ou l'établissement.
6. Rassembler le confort du familier
et la stimulation de l'innovation et
l'imprévu. Les CP doivent être des endroits "neutres"
où la pression de la production n'a pas sa place, où
l'on peut arriver sans prévenir, poser des questions naives
ou encore donner des réponses sans craindre d'être
harnacher à la mise en oeuvre de ces réponses ! Combiner
stimulation et familiarité peut se faire en organisant des
activités autour d'opinions divergentes, ou de projets controversés...
La communauté vibrante réussit à maintenir
un programme régulier d'activités entrecoupé
d'événements.
7. Avoir du rythme. Une
communauté "vibrante" trouvera son rythme fait
de rencontres, d'activités sur le site web, de déjeûners
thématiques et de rencontres semi-privées... Un tempo
qui ne doit ni essouffler les membres ni les ennuyer. Un mélange
de forums d'échanges et de projets de construction d'outils
favorisant à la fois l'établissement de relations
interpersonnelles et la participation aux activités communautaires.
Un rythme qui évoluera avec la maturation de la communauté.
…
Extrait : Beauchamp Gilles., « Communautés de pratiques
et gestion de savoirs », 2003, http://radio.weblogs.com/0101569/stories/2002/11/14/communautesDePratiqueEtGestionDeSavoirs.html


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